CNNII paralysée à Port-Gentil : après 19 mois de salaires impayés, les travailleurs interpellent le chef de l’État



2026-01-07 10:43:00

À Port-Gentil, la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) est à l’arrêt. Excédés par près de 19 mois et demi de salaires impayés et le silence persistant de leur direction, les employés ont déclenché une grève illimitée. Face à cette impasse sociale, ils en appellent désormais directement à l’intervention du président de la République.



La colère monte d’un cran au sein de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII), dans la province de l’Ogooué-Maritime. Depuis la semaine dernière, les employés de cette entreprise publique observent une grève illimitée pour dénoncer le non-paiement récurrent de leurs salaires et l’absence de réponses concrètes de la direction générale. L’information a été rapportée le 5 janvier 2026 par l’Agence gabonaise de presse (AGP).

Réunis sous la bannière du Syndicat Sigama, affilié à la Confédération gabonaise du travail–Force libre (CGT-FL), les agents disent faire face à un « manque d’interlocuteur fiable ». Leur président, Moïse Madola Bokamba, affirme avoir privilégié, par le passé, la voie du dialogue. En janvier 2025, un précédent mouvement de grève avait été volontairement suspendu afin d’accompagner le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), dans un esprit de responsabilité. Une démarche qui, selon lui, n’a pas permis de régler durablement la situation.

Au cœur de la contestation figure une dette salariale estimée à près de 19 mois et demi, accumulée sur plusieurs années. Dans le détail, les travailleurs évoquent un mois d’arriérés en 2019, deux mois et demi en 2020, onze mois en 2022, cinq mois en 2023 et deux mois en 2025. Si l’année 2024 avait laissé entrevoir une amélioration, notamment grâce à l’intervention du groupe Ebomaf ayant permis une régularisation partielle, cette embellie n’a pas été durable.

Au-delà des salaires impayés, les employés dénoncent une gestion qu’ils jugent opaque. Ils pointent également le non-versement des cotisations sociales, des droits légaux non honorés depuis plusieurs années, ainsi que la situation préoccupante de certains agents admis à la retraite sans perception effective de leur pension. Le silence du Conseil d’administration, pourtant compétent sur ces questions, renforce le sentiment d’abandon. Le recrutement récent de 33 nouveaux agents et stagiaires est perçu comme une provocation par les travailleurs en poste.

Dans leur déclaration, les grévistes sollicitent une intervention urgente du chef de l’État afin de mettre un terme à cette crise sociale. Ils exigent le paiement intégral des arriérés de salaires, l’apurement de la dette sociale, la réalisation d’un audit externe, la nomination d’un président du Conseil d’administration et d’un contrôleur budgétaire, ainsi que l’élaboration d’un plan de relance crédible. Pour rappel, la CNNII assure le transport maritime de fret et de passagers entre Libreville et Port-Gentil et se positionne comme un maillon stratégique de la continuité territoriale, malgré des défis opérationnels persistants et des partenariats complexes.