Gabon : vers un débat national sur un éventuel retour de la peine de mort ?
2026-01-09 10:26:00
Le Gabon s’achemine-t-il vers un réexamen de la peine capitale, abolie en 2010 ? La question s’est invitée au cœur du débat public à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux au président de la République et à son épouse, le 8 janvier 2026 à Libreville. À cette occasion, le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec), Guy Bertrand Mapangou, a formulé une proposition qualifiée d’« audacieuse » : l’organisation d’une consultation populaire sur le possible rétablissement de la peine de mort face à la recrudescence des crimes de sang dans le pays.
Conduisant la délégation du Cesec, institution qu’il a présentée comme la « mémoire sociale du pays » et un creuset des « intelligences et expertises nationales », Guy Bertrand Mapangou a estimé que la montée des crimes crapuleux, des enlèvements et des meurtres, notamment ceux visant des enfants, impose une réflexion nationale sur l’efficacité des sanctions pénales en vigueur.
Dans son intervention, le président du Cesec a rappelé que la peine de mort avait été abolie au Gabon en 2010 au profit de la réclusion criminelle à perpétuité. Une alternative qu’il juge aujourd’hui insuffisamment dissuasive.
« La peine perpétuelle s’est révélée un leurre parce qu’elle ne suffit pas à dissuader les criminels commanditaires et les exécutants du crime organisé », a-t-il affirmé, invoquant des attentes populaires jugées pressantes en matière de sécurité.
Guy Bertrand Mapangou a également fait le lien entre cette exigence sécuritaire et la légitimité politique issue de l’élection présidentielle du 12 avril 2025, remportée par Brice Clotaire Oligui Nguema avec 94,85 % des suffrages. Tout en rappelant les engagements internationaux du Gabon, il a souligné le principe de souveraineté nationale lorsque « l’intégrité physique et morale des enfants est violée ou menacée ».
La proposition n’a pas laissé indifférent le chef de l’État. Dans sa réponse, le président de la République a estimé que la question du retour éventuel de la peine de mort devait être tranchée par le peuple souverain.
« Cette réflexion doit être portée par le peuple qui m’a élu », a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema, avant d’instruire officiellement le président du Cesec d’organiser une consultation populaire sur le sujet.
Le chef de l’État a toutefois tenu à rappeler la ligne de fermeté de l’exécutif en matière de sécurité :
« L’État ne laissera pas impunis les auteurs de ces crimes et leurs commanditaires, quels qu’ils soient », a-t-il martelé, ouvrant ainsi la voie à un débat national aux implications juridiques, éthiques et politiques majeures.
Sur les réseaux sociaux et dans l’opinion, les réactions ont été nombreuses et majoritairement critiques. De nombreux internautes redoutent un retour à ce qu’ils qualifient d’« instrument de répression », dans un contexte où la justice est perçue par certains comme fragile ou instrumentalisée.
« Pour parler de peine de mort, il faudrait d’abord parler de justice. Or, au Gabon, elle est perçue comme aux ordres », a commenté un internaute. D’autres craignent que les exécutants ne soient sanctionnés tandis que les véritables commanditaires resteraient hors d’atteinte, ou que des innocents ne soient condamnés à tort.
L’instruction présidentielle donnée au Cesec ouvre désormais une séquence politique délicate, où se croiseront exigences sécuritaires, respect des droits humains, crédibilité de l’appareil judiciaire et souveraineté populaire. Si elle devait aboutir, la consultation populaire annoncée marquerait une étape majeure dans la réflexion nationale sur la justice pénale et la protection des citoyens, dans un Gabon engagé dans la construction institutionnelle de sa Ve République.