Le Kalaba : la « friandise » d’argile qui menace la santé des femmes gabonaises
2025-10-09 10:20:00
Dans les rues de Libreville comme dans d’autres villes du Gabon, le spectacle est familier : des morceaux d’argile blanche, rouge ou beige vendus à la sauvette, dégustés comme de simples amuse-gueules. Localement appelé Kalaba, ce produit attire surtout les femmes, enceintes ou non, séduites par son goût terreux et sa texture singulière. Pourtant, derrière cette habitude culturelle se cache une menace sanitaire souvent minimisée.
Le Kalaba n’est autre que du kaolin, une argile blanche utilisée dans de nombreuses industries, mais inadaptée à la consommation humaine. Son ingestion régulière provoque des troubles graves tels que l’anémie, la constipation chronique, l’obstruction des trompes, voire une dépendance physique.
« J’ai commencé à manger le Kalaba en 2019, et j’en étais accro. Cinq sachets par jour, parfois plus », témoigne Daverly Libanga, ancienne consommatrice.
Après trois ans d’addiction, les conséquences ont été dramatiques : « J’ai fini avec 4,8 d’hémoglobine et une carence en fer sévère. J’ai frôlé la mort », confie-t-elle. Aujourd’hui, elle affirme que l’odeur même du Kalaba lui est devenue insupportable.
L’impact du Kalaba sur le transit intestinal est souvent sous-estimé. Une autre consommatrice raconte :
« Je ne pouvais pas dormir sans en prendre. Un jour, j’ai passé quatre jours sans aller aux toilettes. J’ai dû faire un lavement au piment pour m’en sortir. Ce jour-là, j’ai juré d’arrêter. »
Cette dépendance, souvent associée aux envies des femmes enceintes, entretient un cycle douloureux de manque et de souffrance physique.
Si sa consommation interne est déconseillée, le Kalaba connaît aussi un succès cosmétique. Certaines esthéticiennes l’utilisent pour ses vertus purifiantes et adoucissantes.
« Le kaolin a un pouvoir absorbant. En masque, il aide à éliminer les impuretés et reminéralise la peau », explique M.N, esthéticienne de 28 ans. En usage externe, il peut effectivement améliorer l’éclat du visage et renforcer les cheveux.
Mais le corps médical reste ferme : ce qui est bon pour la peau ne l’est pas forcément pour l’estomac. Selon un guide médical africain, « la consommation chronique de kaolin expose la femme à deux risques majeurs : une anémie ferriprive et une intoxication par les métaux lourds. »
Accessible à tous et ancré dans les habitudes, le Kalaba incarne ce paradoxe culturel entre tradition et santé publique. Derrière son apparente innocuité se cache une addiction destructrice. Les professionnels de santé plaident pour une campagne nationale de sensibilisation, afin d’alerter les femmes sur les conséquences parfois irréversibles de cette pratique.
« Le Kalaba est aussi bon que dangereux », concluent les médecins.
Un avertissement à retenir, avant qu’une simple bouchée d’argile ne devienne un poison silencieux.