Élection du PAN : les batailles invisibles derrière le premier acte de la Ve République



2025-11-17 10:54:00

Derrière l’apparente formalité institutionnelle, l’élection du président de l’Assemblée nationale ce 17 novembre cristallise des rivalités profondes, des équilibres internes sensibles et des calculs stratégiques qui façonneront le paysage politique de l’ère post-Transition.



Un scrutin symbolique et un test de loyauté

L’élection du PAN ne constitue pas seulement l’installation d’un bureau parlementaire. Elle sert de test grandeur nature pour la nouvelle majorité, largement dominée par l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). La question centrale est simple : le parti parviendra-t-il à projeter une image de cohésion solide ou laissera-t-il transparaître ses premières fissures internes ? Car derrière l’unité affichée, plusieurs courants coexistent, avec leurs ambitions, leurs réseaux et leurs figures montantes. Le scrutin uninominal secret ouvre d’ailleurs la porte aux votes dissidents, parfois invisibles mais politiquement lourds de sens. Pour le pouvoir exécutif, cette élection constitue aussi un révélateur : identifier qui joue collectif… et qui joue personnel.

La bataille silencieuse des équilibres territoriaux

Dans les discussions en coulisses, un paramètre revient avec insistance : l’origine provinciale du futur président de l’Assemblée. Dans un Gabon qui entame la Ve République avec la promesse d’un rééquilibrage territorial, le perchoir devient un symbole. L’Estuaire, longtemps favorisé, a dominé historiquement cette fonction. D’autres provinces estiment aujourd’hui que leur tour est venu, après l’intermède de la Transition confiée à la Ngounié. Ce jeu d’équilibres tacites s’est souvent joué en arrière-plan, mais il prend une importance particulière dans un contexte où les autorités veulent afficher une gouvernance plus inclusive. Le choix d’un PAN issu d’une province jusqu’ici peu représentée pourrait apparaître comme un geste fort… ou comme un arbitrage risqué au sein de la majorité.

Influence, réseaux et positionnement pour l’après

Le poste de PAN n’est pas seulement honorifique. C’est l’une des trois plus hautes charges de l’État, avec une visibilité institutionnelle, une influence politique réelle et une capacité à façonner l’agenda législatif. Dans l’écosystème politique gabonais, occuper le perchoir, c’est aussi se positionner pour l’avenir : préparer une stature nationale, consolider un réseau, renforcer une légitimité. Plusieurs acteurs l’ont bien compris. Certains cherchent à capitaliser sur leur ancrage partisan, d’autres sur leur proximité avec le chef de l’État, d’autres encore sur leur profil “consensuel” susceptible de rassurer les partenaires internationaux dans ce moment charnière. En réalité, l’élection du PAN est la première séquence d’une série de repositionnements qui détermineront qui comptera – et qui disparaîtra – dans la nouvelle architecture institutionnelle.