Libreville sous emprise du trafic de drogue : dans l’ombre des “Bouenzet” prospère l’économie de la survie
2025-10-10 10:26:00
Dans les quartiers populaires de la capitale gabonaise, les “points de deal” ou Bouenzet font désormais partie du décor. À Nzeng-Ayong, Akébé, PK12 ou Lalala, ces lieux de transaction illicite prospèrent sur fond de misère sociale, de chômage endémique et de désillusion collective nous rapporte Gabon 24. Enquête sur une économie parallèle devenue un mode de survie pour une jeunesse désœuvrée.
Dans les ruelles sablonneuses de Nzeng-Ayong, à l’abri des regards, des jeunes aux visages fermés attendent la clientèle. À première vue, rien d’anormal : un petit hangar, un arbre, une boutique. Pourtant, ces lieux abritent l’un des réseaux informels les plus structurés de Libreville. Ici, le “Bouenzet” est connu de tous, mais personne n’en parle. Le silence est une règle de survie, dictée par la peur des représailles. “Tout le monde sait, mais personne ne dit rien”, confie une habitante, regard fuyant. La loi du mutisme protège un équilibre fragile où chacun, d’une manière ou d’une autre, s’adapte à l’illégalité ordinaire.
Pour beaucoup de jeunes, le trafic n’est pas un choix mais une échappatoire. L’absence d’emploi, le coût de la vie et les responsabilités précoces les poussent à rejoindre ce circuit parallèle. Cannabis, “cailloux”, “kéméka”, “Cobolo”, les noms changent mais la logique demeure : vendre pour survivre. “Quand ma copine est tombée enceinte, je n’avais pas le choix”, raconte un ancien lycéen devenu vendeur. Dans cette économie de la débrouille, certains gagnent entre 10 000 et 20 000 FCFA par jour, une somme dérisoire mais suffisante pour maintenir l’illusion d’un quotidien stable.
Les opérations de démantèlement menées par les forces de sécurité sont régulières, mais souvent inefficaces. Une fois les uniformes partis, le commerce reprend. Les arrestations visent principalement les exécutants, rarement les têtes de réseau. “Quand vous touchez à ces enfants, vous touchez à des investissements familiaux”, résume une habitante de Plaine Orety. De fait, tout un écosystème s’est bâti autour du trafic, mêlant silence des habitants, connivences locales et inertie administrative. Un système qui semble s’autoréguler à la marge de l’État.
Dans cet univers où la peur côtoie la résignation, femmes et mineurs paient le plus lourd tribut. Certaines jeunes filles, isolées après un drame familial, basculent dans la consommation ou deviennent des “monnaies d’échange” contre une dose. Pourtant, la vie continue, entre école, travail informel et routines familiales. Dans les “Bouenzet” de Libreville, la société gabonaise observe sans vraiment voir. Et dans ce silence collectif, c’est tout un pan de la jeunesse nationale qui s’enfonce, lentement, dans les marges.