Pétrole : le Gabon relance son exploration pour inverser le déclin de la production
2025-10-17 09:33:00
En septembre 2025, le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema, a tiré la sonnette d’alarme : à ce jour, seuls 27,5 % du domaine pétrolier national sont effectivement exploités, laissant près de 72 % du territoire, notamment en offshore profond, inexplorés. Ce constat, lourd de conséquences pour une économie historiquement dépendante de l’or noir, a conduit le gouvernement à lancer une campagne d’exploration intensive, en partenariat avec ExxonMobil et TotalEnergies, deux géants mondiaux du secteur.
Objectif : redynamiser la production nationale et mettre en exploitation de nouveaux gisements d’ici deux à trois ans. Une ambition affirmée avec force par le ministre lors de l’Africa Energy Week 2025, symbole d’un Gabon résolument tourné vers la reconquête de sa souveraineté énergétique.
Un déclin structurel qui appelle une réaction stratégique
Depuis la fin des années 1990, la production pétrolière gabonaise connaît un déclin continu. En 1999, le pays figurait parmi les producteurs les plus dynamiques du continent. En 2024, la production plafonnait à 230 000 barils par jour, un niveau insuffisant pour soutenir les ambitions de développement et de diversification économique.
Ce recul s’explique par l’épuisement progressif des champs historiques, un manque d’investissements soutenus en exploration, et une sous-valorisation du potentiel géologique national. Pour le ministre Sosthène Nguema Nguema, ce constat est aussi une opportunité à saisir :
« Notre politique vise à intensifier la recherche sur l’offshore profond et ultra-profond, afin d’avoir une connaissance complète de ce que recèlent les 72 % de notre domaine pétrolier encore inexploré », a-t-il indiqué.
Offshore profond : un pari technologique et économique
L’offshore profond et ultra-profond représente aujourd’hui la nouvelle frontière énergétique du Gabon. Ces zones, techniquement exigeantes, nécessitent des investissements colossaux et une expertise technologique de pointe, des contraintes qui avaient jusqu’ici freiné leur exploitation.
Mais les récentes avancées dans les technologies de forage subsea et la réduction des coûts d’extraction rendent désormais cette exploration économiquement viable. Pour le gouvernement, l’heure est venue de mobiliser les acteurs capables d’assumer le risque et d’apporter les capitaux nécessaires.
Les négociations engagées avec ExxonMobil et TotalEnergies s’inscrivent dans cette logique : un partenariat gagnant-gagnant, combinant expertise internationale et bénéfices nationaux, où le Gabon entend conserver une maîtrise stratégique de ses ressources.
Deux à trois ans pour inverser la courbe
La campagne d’exploration intensive vise à identifier de nouveaux gisements dont la mise en production pourrait intervenir entre 2027 et 2028. Cet horizon, fixé par le gouvernement, traduit la volonté politique forte du président Brice Clotaire Oligui Nguema de relancer le secteur énergétique, moteur historique de la croissance nationale.
Une reprise, même progressive, de la production aurait des retombées directes sur les finances publiques, permettant de réinvestir dans les infrastructures, l’éducation, la santé et la diversification économique.
Relancer sans compromettre l’avenir
Cette ambition reste toutefois tributaire de plusieurs facteurs :
• la stabilité macroéconomique et politique, indispensable à la confiance des investisseurs ;
• la dynamique des prix internationaux du brut ;
• et la mise en œuvre rigoureuse des normes environnementales.
Car la relance pétrolière du Gabon ne saurait ignorer les impératifs de durabilité et de transition énergétique.
Le défi de Libreville est clair : exploiter intelligemment son potentiel pétrolier tout en préparant l’après-pétrole, en construisant une économie plus diversifiée, résiliente et souveraine.