Toilettes payantes au CHU de Libreville : progrès sanitaire ou fracture sociale ?
2025-12-16 09:42:00
Au Centre hospitalier universitaire de Libreville, une décision aussi simple qu’inédite a déclenché une vive controverse : l’accès aux toilettes est désormais payant. Présentée comme une réponse pragmatique à l’insalubrité chronique des sanitaires publics, la mesure divise profondément l’opinion et pose une question de fond sur les limites de la tarification dans les services publics de santé.
100 francs CFA pour les « petits besoins » et 200 francs CFA pour les autres, patients, accompagnants et visiteurs accèdent désormais à des toilettes propres, régulièrement entretenues et dotées de consommables. L’initiative largement relayée sur les réseaux sociaux, tranche avec l’image habituelle des sanitaires hospitaliers publics, souvent décrits comme insalubres et dégradés. Pour une partie des usagers, le résultat est sans appel : l’hygiène est au rendez-vous. « Avant, c’était impraticable. Aujourd’hui, c’est propre et suivi. Les agents sont là, les produits aussi », témoigne un habitué du CHU, pour qui cette contribution financière représente un moindre mal face aux risques sanitaires.
Les défenseurs de la mesure avancent un raisonnement pragmatique. La contribution perçue permet de financer directement l’entretien, l’achat de savon, de papier hygiénique et de produits désinfectants, ainsi que la rémunération du personnel dédié. Dans un contexte de contraintes budgétaires et de faiblesse de la maintenance dans les structures publiques, ils estiment que la gratuité a montré ses limites. Payer garantirait la qualité, là où l’absence de tarification a souvent conduit à l’abandon et à la dégradation des installations.
Mais cette logique se heurte à une contestation sociale et éthique forte. Pour les détracteurs, faire payer l’accès aux toilettes dans un hôpital public revient à monnayer un besoin fondamental dans un lieu censé incarner l’égalité d’accès aux soins. La mesure est perçue comme une charge supplémentaire pour les familles modestes, déjà éprouvées par les coûts directs et indirects de la maladie.
Au-delà du débat, l’expérience du CHU de Libreville, saluée pour ses résultats immédiats pourrait bien servir de test grandeur nature pour l’avenir des services publics au Gabon.