Trésor public : entre régularité administrative et responsabilité comptable — que dit le décret n°280 ?
2025-11-13 16:25:00
Dans le contexte des débats actuels sur la gestion des finances publiques, il est utile de rappeler les textes qui encadrent le fonctionnement du Trésor public gabonais et la répartition précise des responsabilités entre ses différentes entités.
Le
décret n°280/PR/MBCP du 24 juin 2011, fixant les attributions, l’organisation
et le fonctionnement de la Direction générale du Trésor public, demeure la
principale référence en la matière.
Ce
décret établit clairement que le Trésor public n’a pas compétence pour juger
de l’opportunité d’une dépense, mais seulement de sa régularité et de la
disponibilité des crédits correspondants. En d’autres termes, le Trésor
public n’apprécie pas le bien-fondé politique ou administratif d’une dépense,
mais veille à ce que : la dépense soit autorisée par un ordonnateur compétent ;
les crédits budgétaires soient effectivement disponibles ; les procédures de
contrôle prévues par la réglementation soient respectées.
Cette
distinction fondamentale entre l’ordonnateur, qui décide de la dépense, et le
comptable public, qui en vérifie la régularité, est au cœur du système
financier de l’État. Ainsi, toute demande de décaissement adressée au Trésor
public ne résulte pas d’une décision unilatérale de ses responsables, mais d’un
processus hiérarchisé, conforme aux textes et validé en amont par les autorités
habilitées.
Le
même décret 280 précise la nature et les limites des missions du Directeur Général
du Trésor public. En effet, la fonction de Directeur Général a été créée dans
un objectif de modernisation et de déconcentration des responsabilités, afin
d’alléger les charges du Trésorier Payeur Général (TPG), dont les missions
étaient devenues particulièrement lourdes et complexes.
Ainsi,
le Directeur général du Trésor public assure la supervision administrative, la
coordination des services et la mise en œuvre des politiques publiques liées à
la gestion du Trésor ; il n’est pas un agent comptable public, et à ce titre,
n’engage pas sa responsabilité personnelle ou pécuniaire dans le processus de
paiement ; c’est le Trésorier Central qui demeure le comptable public
responsable devant la loi de l’exécution financière des paiements et de la
tenue des comptes.
Cette
répartition des rôles vise à renforcer la transparence et la traçabilité des
opérations financières de l’État, tout en garantissant une meilleure
gouvernance du circuit de la dépense publique.
Le
Trésor public gabonais fonctionne selon un principe d’équilibre institutionnel
entre : les ordonnateurs, qui décident et autorisent la dépense ; les
administrateurs, qui assurent la gestion et la supervision ; les comptables
publics, qui exécutent et engagent leur responsabilité personnelle.
Cette
architecture, héritée des standards de la comptabilité publique moderne,
garantit que nul ne concentre seul le pouvoir ni la responsabilité sur une
dépense publique.
Dans
le contexte du procès en cours à Libreville, il est essentiel de rappeler ces
fondements juridiques et administratifs.
À
la lumière du décret n°280, l’ancien Directeur général du Trésor public,
Franck-Yann Koubdje, ne saurait être tenu pour responsable d’opérations
relevant du champ exclusif du comptable public. Toute mise en cause de sa
personne reviendrait à méconnaître le fonctionnement même de l’administration
financière gabonaise, où les rôles, responsabilités et chaînes de décision sont
clairement établis par la loi.
Au-delà
des textes, ceux qui ont collaboré avec Franck-Yann Koubdje décrivent un homme
d’honneur, intègre, respectueux et profondément humain. Son humilité, son sens
du devoir et sa rigueur morale ont marqué aussi bien ses collaborateurs que les
institutions où il a servi. Professionnel discret, d’une loyauté sans faille
envers la République, il a toujours exercé ses fonctions dans le respect des
lois et de la hiérarchie, sans jamais se placer au-dessus des règles.
Le
renouvellement de la confiance des plus hautes autorités de l’État, à travers
ses nominations successives après son passage au Trésor public, témoigne de
cette reconnaissance et de cette crédibilité. Aujourd’hui, en sa qualité de
Conseiller du Président de la République, il demeure animé par les mêmes
valeurs : le service, la loyauté et la responsabilité publique.