TRIBUNE LIBRE Mayumba : La mer nous a parlé, avons-nous écouté ? Papa KOUMBA MBOULA, Notable de la Nyanga, Vigie du Peuple.
2026-11-04 17:53:00
Mes enfants, L'accident au large de Mayumba n'est pas un simple fait divers. C'est un message. Et il devrait interpeller tout Gabonais, tout homme et toute femme de culture.
Nous avons voulu dominer la mer, sans lui demander la permission.
Chez nous, au Gabon, la mer n'est pas juste de l'eau. La forêt n'est pas juste du bois. La terre n'est pas juste de la terre.
Le sacré, c'est tout ce qui nous entoure : l'EAU, la FORÊT, le FEU, le BOIS, la TERRE. C'est ce que nos ancêtres nous ont appris.
Un pêcheur Myènè ne jette pas son filet sans parler à l'eau. Un chasseur Punu n'entre pas en forêt sans un mot aux ancêtres. Un Bapunu ne coupe pas un arbre sans demander pardon.
On n'entreprend rien sans un rituel, même symbolique, pour créer l'harmonie. C'est ça, être un être humain conscient.
Aujourd'hui, nous construisons des ports, nous lançons des bateaux, nous forons le pétrole, sans un mot, sans une libation, sans un regard pour les entités qui gardent ces lieux depuis des siècles. Et après, nous pleurons l'accident.
VOILÀ MA PROPOSITION DE VIGIE DU PEUPLE, POUR TOUT LE GABON :
Il est temps que la République reconnaisse ce que la coutume sait déjà. Et pas seulement à Mayumba. Partout.
Je propose que l'État Gabonais crée officiellement :
1. Dans chaque communauté, sur toute l'étendue du territoire national, une CHEFFERIE TRADITIONNELLE chargée des US et COUTUMES.
Que tu sois à Bitam, à Bongoville, à Makokou, à Tchibanga, à Port-Gentil ou à Libreville, chaque village, chaque quartier, chaque communauté doit avoir son Chef des Us et Coutumes reconnu, enregistré et consulté. Avant toute route, tout port, tout barrage, toute exploitation forestière ou minière, on consulte d'abord le gardien de la terre.
2. Dans chaque communauté, sur toute l'étendue du territoire national, une CHEFFERIE SPIRITUELLE chargée des RITES et des SCIENCES TRADI-THÉRAPEUTIQUES.
Ce sont nos gardiens du sacré, nos médecins de l'âme. À Ndendé, à Minvoul, à Koulamoutou, partout. Ils feront le lien entre les vivants, les ancêtres et la nature. Ils protègeront nos plantes qui soignent, nos rites qui apaisent.
Ce n'est pas de la sorcellerie. C'est de la SAGESSE ÉCOLOGIQUE et de la SOUVERAINETÉ CULTURELLE. Les Blancs appellent ça "développement durable", nous, nous appelons ça "RESPECT DU SACRÉ".
Si nous avions salué la mer de Mayumba avant d'y entrer, peut-être que la mer ne nous aurait pas frappés. Si nous saluons la forêt de l'Ogooué-Ivindo avant de la couper, elle ne nous punira pas.
Que les âmes de nos disparus de Mayumba reposent en paix. Et que les vivants, de la Nyanga au Woleu-Ntem, retiennent la leçon.
PAPA KOUMBA MBOULA, NOTABLE DE LA NYANGA, VIGIE DU PEUPLE.