Délestage excessif : "on en a marre"



2026-02-06 12:10:00

Dans le Grand Libreville, les coupures d’électricité ne sont plus perçues comme des incidents exceptionnels, mais comme une routine pénible qui rythme désormais la vie quotidienne des populations. Chaque semaine, parfois chaque jour, les délestages plongent des quartiers entiers dans le noir, provoquant un mélange de colère, de fatigue et d’incompréhension. Le dépit est réel, profond, et de plus en plus difficile à contenir.



Les conséquences sont multiples. Elles sont d’abord économiques. De nombreux commerces, ateliers, restaurants, salons de coiffure, PME et activités artisanales dépendent directement de l’électricité pour fonctionner. Chaque coupure représente une perte sèche : marchandises avariées, équipements endommagés, clients perdus, journées de travail interrompues. Pour ces acteurs économiques déjà fragilisés, l’instabilité énergétique devient un risque permanent.
Les effets sont aussi psychologiques et professionnels. Les nuits passées sans ventilation ni climatisation, souvent dans la chaleur et l’obscurité, réduisent la qualité du sommeil. Le lendemain, la fatigue s’installe, la concentration baisse, la productivité diminue. Une société entière finit par fonctionner au ralenti, usée par une contrainte qui ne devrait plus exister avec une telle intensité.
Le plus préoccupant reste l’imprévisibilité de ces coupures. Au sein de la population, l’inquiétude monte à la moindre averse, au premier coup de tonnerre. Il suffit parfois, dit-on, d’un oiseau, d’un reptile ou d’un incident technique mineur pour plonger plusieurs quartiers dans le noir. Ces explications, souvent perçues comme décousues ou insuffisantes, renforcent le sentiment d’impuissance et d’abandon. Les Gabonais ont le sentiment que ces délestages surviennent pour des raisons « ni tête ni queue », et surtout qu’ils durent trop longtemps. Le temps de dépannage, souvent jugé excessif, accentue l’exaspération.
Il serait injuste d’ignorer les efforts engagés pour améliorer la production énergétique nationale. La construction de la centrale hydroélectrique de Kinguélé Aval et d’autres projets structurants témoignent d’une volonté réelle de renforcer les capacités du pays. Ces investissements sont nécessaires et doivent être salués. Mais ils ne suffisent pas à répondre aux difficultés quotidiennes vécues par les usagers du Grand Libreville.
Car le problème semble aussi résider ailleurs : dans l’organisation du réseau et la gestion des incidents. L’absence d’anticipation face aux pannes récurrentes, la lenteur dans la résolution des problèmes et la répétition d’incidents pourtant évitables donnent l’impression d’un système sous tension permanente. Ce n’est pas seulement une question de production d’électricité, mais aussi de maintenance, de modernisation du réseau de distribution, de réactivité opérationnelle et de communication avec les usagers.
Les populations n’attendent pas des promesses abstraites, mais des améliorations concrètes :
une maintenance préventive plus rigoureuse des installations ;
des équipes d’intervention plus rapides et mieux coordonnées ;
une modernisation progressive du réseau électrique urbain ;
une communication transparente sur les causes réelles des pannes et les délais de réparation ;
une meilleure planification des délestages lorsqu’ils sont inévitables.
L’électricité n’est pas un luxe : c’est une infrastructure vitale pour l’économie, l’éducation, la santé et la stabilité sociale. À mesure que Libreville grandit et se transforme en métropole, la demande énergétique augmente, tout comme les exigences des citoyens. Les coupures répétées ne sont plus seulement un désagrément technique ; elles deviennent un enjeu de confiance entre les services publics et la population.
Dire « on en a marre » n’est pas un slogan de colère gratuite. C’est l’expression d’une fatigue collective face à une situation qui dure depuis trop longtemps. Le défi énergétique du Grand Libreville n’est pas insurmontable, mais il exige une organisation plus efficace, une anticipation réelle et une priorité politique constante.
Parce qu’au-delà des câbles et des transformateurs, c’est la qualité de vie des Gabonais qui est en jeu.

Et cela ne peut plus attendre.
Arnaud EBARE, expert en communication institutionnelle et chargé des relations clients à BiBa Consulting